AFFAIRE VONA c. HONGRIE

Peticija Nr. 35943/10 · Priimta 2013-07-09 · ECLI:CE:ECHR:2013:0709JUD003594310 · Kalbos: FR · EN · PL

Peticija Nr.
35943/10
Priimta
2013-07-09
Valstybė atsakovė
HUN
Išvada
Non-violation de l'article 11 - Liberté de réunion et d'association (Article 11-1 - Liberté d'association)
Konvencijos straipsniai
11, 11-1, 11-2, 17
Svarba
Pagrindinė byla (Key case)
Originalas
HUDOC ↗
PirmininkasGuido RaimondiTeisėjasPeer LorenzenTeisėjasDragoljub PopovićTeisėjasAndrás SajóTeisėjasNebojša VučinićTeisėjasPaulo Pinto de AlbuquerqueTeisėjasHelen KellerKanclerisStanley Naismith
Santrauka
Rengiama…

DEUXIÈME SECTION

AFFAIRE VONA c. HONGRIE

(Requête no 35943/10)

ARRÊT

STRASBOURG

9 juillet 2013

DÉFINITIF

9/12/2013

Cet arrêt est devenu définitif en vertu de l’article 44 § 2 de la Convention.

En l’affaire Vona c. Hongrie,

La Cour européenne des droits de l’homme (deuxième section), siégeant en une chambre composée de :

Guido Raimondi, président,

Peer Lorenzen,

Dragoljub Popović,

András Sajó,

Nebojša Vučinić,

Paulo Pinto de Albuquerque,

Helen Keller, juges,

et de Stanley Naismith, greffier de section,

Après en avoir délibéré en chambre du conseil le 11 juin 2013,

Rend l’arrêt que voici, adopté à cette date :

PROCÉDURE

EN FAIT

I. LES CIRCONSTANCES DE L’ESPÈCE

L’objectif du mouvement était de « défendre la Hongrie, qui est sans défense physiquement, spirituellement et intellectuellement ». Parmi les tâches entreprises par le mouvement, mentionnées dans son acte constitutif, figuraient la formation physique et psychologique de ses membres, la participation à la gestion de catastrophes et la protection de l’ordre public, ainsi que l’ouverture d’un dialogue social sur ces questions par l’intermédiaire d’événements publics.

Le 9 novembre 2007, le requérant, en sa qualité de président de l’association, informa le parquet qu’il avait été mis fin aux activités illégales grâce à la suppression de la partie litigieuse de l’acte constitutif du mouvement et qu’il avait entrepris de modifier les statuts de l’association. Ainsi, le 7 décembre 2007, l’assemblée générale de l’association avait décidé d’ajouter la disposition suivante au paragraphe 2 de ses statuts : « f) Conformément à son nom, l’association de la Garde hongroise a pour but d’ouvrir un dialogue avec la société et d’organiser des événements publics et des rassemblements de citoyens sur des questions touchant à leur sécurité, comme la gestion des catastrophes, la défense nationale et les techniques permettant de sauver la vie. »

L’une de ces manifestations, à laquelle participaient quelque deux cents activistes, fut organisée le 9 décembre 2007 à Tatárszentgyörgy, un village d’environ 1 800 habitants. La police était sur place et n’autorisa pas le défilé à emprunter une rue habitée par des familles roms.

Le parquet principal considérait que le mouvement constituait une subdivision de l’association et que ses activités représentaient en réalité une part importante de celles de l’association. Il estimait que le mouvement n’était pas une « communauté spontanée » au sens où ses membres étaient tous inscrits, soulignant que ledit mouvement avait été créé par la présidence de l’association, que les demandes d’adhésion à celui-ci étaient examinées par l’association et que son uniforme pouvait être acheté auprès de l’association.

Le tribunal rejeta les arguments relatifs à la distinction entre les deux entités et jugea qu’il existait entre elles une « relation symbiotique ». Il dit que l’association avait eu pour activité principale de fonder, faire fonctionner, guider et financer le mouvement, observant notamment que celui-ci recevait des dons par l’intermédiaire du compte en banque de l’association. L’effet juridique de ce jugement se limita toutefois à la dissolution de l’association ; étant donné que, selon le tribunal, le mouvement n’était pas doté d’une personnalité juridique, le jugement ne portait pas directement sur celui-ci.

Pour ce qui est du rassemblement qui s’était tenu à Tatárszentgyörgy, le tribunal régional déclara ce qui suit :

« Le but essentiel de cet événement était bien d’attirer l’attention sur la « criminalité tsigane ». L’utilisation de cette généralisation, clairement fondée sur des motifs raciaux et ethniques, a violé le principe de l’égale dignité de tous les êtres humains (...) De plus, cet événement n’a pas été unique (...) [Le mouvement] a fondé son programme sur la discrimination entre les personnes et l’a mis en pratique en organisant plusieurs défilés ; cela revient à faire une démonstration de force et à menacer autrui par le biais de l’apparence [des participants aux défilés] (...) Le tribunal estime que, d’un point de vue constitutionnel, susciter la peur, quasiment comme une mission, constitue un objectif ou un rôle inacceptable. »

Le tribunal ajouta que, en dépit du but affiché par l’association, ses actions avaient violé les lois de la Hongrie sur les associations et créé un climat d’hostilité envers les Roms. Pour lui, la démonstration de force verbale et visuelle constituait à elle seule une atteinte à la loi au vu de l’expérience historique ; ainsi, il n’était pas nécessaire que l’association ait commis une véritable infraction pour qu’elle soit dissoute ; le fait que son programme englobe une discrimination revenait à nuire aux droits d’autrui au sens de l’article 2 § 2 [de la loi no II de 1989] (paragraphe 18 ci-dessous).

La cour d’appel établit qu’il existait un lien très étroit entre les deux entités et élargit la portée de son arrêt au mouvement. Elle dit que l’association englobait en réalité le mouvement, qui en constituait une « unité », en conséquence de quoi son arrêt les concernait tous les deux. La dissolution de l’association démantelait aussi le cadre organisationnel fourni aux individus œuvrant au sein de tout mouvement lié à l’association dissoute.

La cour d’appel dit que le choix du lieu où s’étaient tenues les manifestations, à savoir des villages dont une grande partie de la population était constituée de Roms, ne pouvait être compris comme favorisant le dialogue social mais devait passer pour une forme d’expression extrême s’agissant d’une démonstration quasi militaire de force résultant de l’effet cumulé d’uniformes, de formations, d’ordres et de saluts de style militaire. Tout en confirmant en substance le raisonnement du tribunal régional, elle considéra que la population de ces villages avait été exposée à ces opinions extrêmes et porteuses d’exclusion en tant que « public captif », sans pouvoir s’y soustraire. Pour la cour d’appel, les événements organisés par le mouvement entraînaient des risques de violence, provoquaient le conflit, troublaient l’ordre public et violaient le droit à la liberté et à la sûreté des habitants de ces villages, alors même que toutes les manifestations, sévèrement contrôlées par la police, s’étaient terminées sans qu’aucun acte de violence se soit produit.

La cour d’appel se pencha aussi sur la liberté d’expression du requérant. Elle déclara, confirmant en cela les arguments du jugement de première instance et citant la jurisprudence de la Cour, que cette liberté n’englobait pas les discours de haine ou incitant à la violence.

Cette décision fut notifiée le 28 janvier 2010.

II. LE DROIT INTERNE PERTINENT

Article 2

« 3) Les activités d’organisations sociales, d’organes de l’État ou de citoyens ne peuvent viser à l’acquisition par la force ou à l’exercice de la puissance publique, ou à la possession exclusive d’une telle puissance. Toute personne a le droit et l’obligation de résister à pareilles activités par les voies légales. »

Article 63

« 1) En République de Hongrie, toute personne a le droit, sur la base du droit d’association, de créer des organisations dont les objectifs ne sont pas interdits par la loi et d’adhérer à de telles organisations.

2) Le droit d’association ne permet pas de créer des organisations armées ayant des objectifs politiques.

3) Un vote des députés à la majorité des deux tiers est requis pour l’adoption de la loi sur le droit de réunion et sur le financement et le fonctionnement des partis politiques. »

Article 2

« 1) En vertu du droit d’association, des personnes physiques ou morales et leurs entités dépourvues de personnalité juridique peuvent, sous réserve du but de leurs activités et des intentions de leurs fondateurs, créer et diriger des organisations au sein de la société civile.

2) Le droit d’association ne peut pas être exercé en violation de l’article 2 § 3 de la Constitution, ni de manière à commettre une infraction pénale ou à inciter à en commettre une, et ne doit pas nuire aux droits et libertés d’autrui. » Article 3

« 1) Une organisation de la société civile est une organisation créée volontairement et autonome, visant le but exposé dans ses statuts, qui est dotée de membres inscrits et organise les activités de ses membres en vue d’atteindre son but.

2) Les membres non inscrits peuvent aussi participer à des événements publics de grande ampleur. » Article 4

« 1) (...) une organisation de la société civile est créée au moyen de son enregistrement auprès des tribunaux. »

Article 5

« Une communauté de particuliers réalisée en vertu du droit d’association dont le fonctionnement n’est pas régulier ou qui ne dispose pas de membres inscrits ou de structure conformément à la présente loi n’est pas une organisation de la société civile. »

Article 16

« 2) Sur une action du procureur, le tribunal

(...)

d) dissout l’organisation de la société civile si son fonctionnement est contraire à l’article 2 § 2 ; (...) »

On peut brièvement définir comme suit le statut juridique des associations. Celles dont les activités ne servent pas l’intérêt public ne peuvent être financées par des individus au moyen de dons déductibles des impôts et ne peuvent ni recevoir d’autres dons ni demander des subventions publiques, car ces avantages sont réservés aux organisations d’utilité publique conformément aux lois nos CXXVI de 1996 et CLXXV de 2011. Toutefois, la loi no LXXXI de 1996 dispose que les revenus provenant des activités non lucratives d’une association quelle qu’elle soit ne sont pas assujettis à l’impôt sur les sociétés et que les activités commerciales des associations sont soumises à l’impôt sur les sociétés à un taux préférentiel. En outre, en vertu de la loi no CXVII de 1995, des règles avantageuses en matière d’impôt sur le revenu s’appliquent à certains services fournis par les associations et à certaines rémunérations et prestations sociales perçues par elles. De surcroît, la loi no IV de 1959 (code civil) dispose que les membres d’une association ne sont pas responsables des dettes de celle-ci.

Article 4

« 1) La République de Hongrie interdit toutes les politiques ou conduites qui :

a) ont pour objectif ou pour résultat d’assimiler une minorité dans la nation majoritaire ou de l’en exclure ou de l’en séparer ;

b) visent à modifier la composition ethnique ou nationale de zones peuplées de minorités ;

c) persécutent ou portent préjudice à une minorité ou à des personnes appartenant à une minorité parce qu’elles appartiennent à une minorité ou entravent l’exercice des droits de telles personnes pour cette raison (...) »

Article 20

« 2. Tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence est interdit par la loi. »

Article premier

« 1. Dans la présente Convention, l’expression « discrimination raciale » vise toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l’ascendance ou l’origine nationale ou ethnique, qui a pour but ou pour effet de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social et culturel ou dans tout autre domaine de la vie publique. »

Article 2

« 1. Les États parties condamnent la discrimination raciale et s’engagent à poursuivre par tous les moyens appropriés et sans retard une politique tendant à éliminer toute forme de discrimination raciale et à favoriser l’entente entre toutes les races, et, à cette fin :

(...)

d) Chaque État partie doit, par tous les moyens appropriés, y compris, si les circonstances l’exigent, des mesures législatives, interdire la discrimination raciale pratiquée par des personnes, des groupes ou des organisations et y mettre fin ; » Article 4

« Les États parties condamnent toute propagande et toutes organisations qui (...) prétendent justifier ou encourager toute forme de haine et de discrimination raciales ; ils s’engagent (...)

a) À déclarer délits punissables par la loi (...) toute incitation à la discrimination raciale (...) de même que toute assistance apportée à des activités racistes, y compris leur financement ;

b) À déclarer illégales et à interdire les organisations ainsi que les activités de propagande organisée et tout autre type d’activité de propagande qui incitent à la discrimination raciale et qui l’encouragent et à déclarer délit punissable par la loi la participation à ces organisations ou à ces activités ; »

« II. 3. Les codes pénaux de tous les pays européens démocratiques de droit continental ainsi que ceux de l’Angleterre et du pays de Galles, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, pays de droit coutumier, interdisent l’incitation à la haine fondée sur des motifs « raciaux ». La ligne de démarcation entre l’incitation à la haine, le fait d’éveiller la haine et l’expression d’opinons demeure l’objet de vifs débats même sur le plan international.

IV. 1. Les dommages que peuvent causer l’incitation à la haine et des propos méprisants qui humilient certains groupes d’une population sont largement attestés dans les annales de l’expérience humaine (...)

Les expériences historiques tragiques de notre siècle montrent que les opinions proclamant l’infériorité ou la supériorité raciale, ethnique, nationale ou religieuse et la diffusion de la haine, du mépris et de l’exclusion mettent en danger les valeurs de la civilisation.

Il est prouvé tant par l’histoire que par les événements de notre époque que tout propos exprimant l’intention de susciter la haine contre un groupe spécifique de personnes peut faire monter la tension sociale à un paroxysme, rompre l’harmonie et la paix sociales et, dans les cas extrêmes, provoquer des heurts violents entre certains groupes de la société.

Outre les expériences historiques et contemporaines qui montrent les effets extrêmement négatifs qu’engendre l’incitation à la haine, il y a lieu de prendre en compte les menaces quotidiennes qui résultent d’une expression non limitée d’idées et de concepts susceptibles de susciter la haine. Pareille expression empêche les communautés humaines de vivre en harmonie avec d’autres groupes. Exacerber les tensions émotionnelles et sociales à l’intérieur d’une communauté, grande ou petite, peut détruire les liens au sein de la société, renforcer les positions extrêmes et augmenter les préjugés et l’intolérance. Tout cela conduit à une réduction des chances de créer une société tolérante et multiculturelle reconnaissant le pluralisme, le droit à la différence et l’égale dignité de tous les êtres humains, et où la discrimination n’est pas portée au rang de valeur.

L’incitation à la haine est la négation des notions précitées et prépare émotionnellement à l’usage de la violence. Cela constitue un abus de la liberté d’expression, car il s’agit de la stigmatisation d’un groupe qui caractérise les dictatures et non les démocraties. Tolérer que la liberté d’expression et la liberté de la presse soient exercées d’une manière interdite par l’article 269 § 1 du code pénal irait à l’encontre des exigences découlant du principe démocratique de la prééminence du droit (...)

Pour résumer sa position, la Cour constitutionnelle précise qu’il est nécessaire et justifié de restreindre la liberté d’expression et celle de la presse en raison des expériences historiques négatives qu’a provoqué l’incitation à la haine contre certains groupes, pour protéger les valeurs constitutionnelles et pour honorer l’obligation où se trouve la République de Hongrie de respecter ses engagements au regard du droit international (...) »

« 3. La liberté d’expression n’est pas seulement un droit subjectif ; c’est aussi la garantie que s’expriment librement les différents points de vue qui forment l’opinion publique (...)

Bien que ce droit puisse subir des restrictions, il bénéficie d’une protection particulière en raison de son rôle primordial ; il ne peut être limité que par rapport à un petit nombre d’autres droits. En conséquence, des valeurs d’importance secondaire telles que la paix publique bénéficient d’une protection moins forte que le droit en question (...)

Comme le droit à la vie, le droit à la dignité humaine bénéfice d’une très haute protection dans la Constitution (...) La Constitution n’est pas neutre du point de vue des valeurs mais renferme ses propres valeurs. L’expression d’opinions non conformes aux valeurs constitutionnelles n’est pas protégée par l’article 61 de la Constitution (...)

La Cour constitutionnelle indique que, comme cela découle également de la Convention, la liberté d’expression comporte des « devoirs et des responsabilités ». Les autorités de l’État sont tenues de protéger les valeurs de l’État démocratique conformément au principe de l’état de droit et de respecter la dignité des personnes. Il faut agir contre les comportements traduisant la force, la haine et le conflit. Rejeter l’usage de la force ou la menace de l’usage de la force comme mode de règlement des conflits fait partie de la notion complexe de démocratie. »

« III. 2.1. (...) Même dans le cas d’opinions extrêmes, ce n’est pas la teneur des opinions mais ce sont les conséquences directes et prévisibles de leur communication qui justifient de restreindre la liberté d’expression et d’appliquer des mesures juridiques au titre du droit civil ou, dans certains cas, du droit pénal. »
« III. 3.4. (...) Le but de l’amendement [du code pénal] est de punir les discours et gestes de haine même s’il est impossible d’identifier la partie lésée. Cependant, l’amendement punirait non seulement les comportements portant atteinte à l’honneur et à la dignité de personnes en particulier mais aussi toutes les formes de discours de haine, y compris les déclarations racistes comportant des généralisations, ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire que les parties « touchées » ou les parties qui se considèrent comme « touchées » participent aux échanges entre des personnes exprimant de la haine ou les suivent, ou soient exposées à des idées de haine exprimées dans certains médias (...) On ne fait pas taire les voix extrémistes dans les démocraties constitutionnelles simplement à cause de la teneur de leur discours. Dans une société démocratique, que des propos racistes et généralisateurs soient tenus ne change rien au fait que, du point de vue de l’État, tous les citoyens ont une égale valeur et disposent des mêmes droits fondamentaux.

Sous sa forme actuelle, l’amendement punirait également les discours contenant seulement de telles généralisations. Le fait que des personnes appartenant au groupe visé participent aux échanges, c’est-à-dire que ces personnes entendent ou soient exposées de quelque manière que ce soit à des déclarations racistes, n’est pas un élément constitutif de l’infraction telle que définie dans l’amendement.

Toutefois, il s’agit précisément des cas où l’expression d’une opinion peut offenser non seulement la sensibilité ou le sens de la dignité de certaines personnes, mais aussi leurs droits constitutionnels. Si, par exemple, une personne exprime ses convictions politiques extrémistes de telle manière qu’un membre du groupe lésé est contraint d’écouter ces propos alors qu’il se trouve en état d’intimidation et n’est pas en mesure de s’y soustraire [« public captif »] (...) alors le droit de cette personne de ne pas écouter ou subir des opinions déplaisantes ou insultantes mérite d’être protégé (...)

Les gens appartiennent non seulement à la communauté des citoyens mais aussi à un groupe ou à une communauté plus restreints. De par son appartenance à un tel groupe, un individu peut se trouver exposé à un préjudice d’une gravité et d’une intensité telles que le recours à des sanctions pénales peut même se justifier pour remédier à la situation. »

III. OBSERVATIONS D’ORGANES INTERNATIONAUX DE SURVEILLANCE DES DROITS DE L’HOMME

« 18. Le Comité est préoccupé par les déclarations anti-Roms virulentes et généralisées faites par (...) les membres de l’organisation dissoute Magyar Gàrda. (...) Il est en outre préoccupé de relever des indications d’une montée de l’antisémitisme dans l’État partie. Le Comité est préoccupé par l’interprétation restrictive donnée par la Cour constitutionnelle de l’article 269 du Code pénal relatif à l’incitation à la violence contre la communauté, qui peut être incompatible avec les obligations de l’État partie en vertu de l’article 20 du Pacte (...) »
« 61. (...) on a observé une inquiétante montée du racisme et de l’intolérance dans le discours public en Hongrie. La création et la progression de la Garde hongroise [Magyar Gárda] (...) est notamment mentionnée sans cesse comme une préoccupation majeure. Depuis sa création en août 2007 et la prestation de serment publique de plusieurs centaines de nouveaux membres en octobre de la même année, la Garde hongroise a organisé de nombreux rassemblements publics dans tout le pays, y compris dans des villages accueillant une grande population rom ; malgré les statuts apparemment inoffensifs de l’association, son chef prône notamment la défense des Hongrois de souche face à une prétendue « criminalité tsigane ». Les membres de la Garde hongroise défilent en uniformes et bottes noirs de style paramilitaire, avec des insignes et des drapeaux ressemblant beaucoup au drapeau du parti des Croix fléchées, organisation ouvertement nazie qui a été brièvement au pouvoir en Hongrie pendant la Seconde Guerre mondiale, courte période durant laquelle des dizaines de milliers de Juifs et de Roms ont été tués ou déportés.

(...)

« 75. Depuis sa création en 2007, la Garde hongroise [Magyar Garda] a organisé de nombreux rassemblements publics dans le pays, y compris dans des villages où vit une importante population rom, au cours desquels ses membres défilent en uniformes et bottes noires de style paramilitaire, avec des insignes et des drapeaux nazis. (...) Le Comité consultatif est préoccupé par ce comportement menaçant. »

IV. DROIT COMPARÉ

« 16. Les objectifs et activités d’une association sont punissables pénalement en fonction des intentions et du comportement de ses membres. Une association ne peut en tant que telle être tenue pour pénalement responsable. Seules les personnes physiques peuvent être sanctionnées pénalement car, pour qu’il y ait incrimination, il faut qu’il y ait capacité à endosser une responsabilité pénale [Schuldzurechnungsfähigkeit]. Comme il ressort clairement de l’article 3 § 5 de la loi sur les associations [Vereinsgesetz], il est néanmoins juridiquement possible qu’une association soit responsable pénalement [Strafgesetzwidrigkeit einer Vereinigung] parce que l’association, par l’intermédiaire de ses membres et de ses organes représentatifs, peut avoir une volonté collective qui est détachée de ses membres individuels et qui développe son propre objectif [Zweckrichtung] et peut agir de manière indépendante. Si la loi pénale est violée en raison de cet objectif propre ou des actions indépendantes de l’association, toutes les conditions requises pour une interdiction [Verbotstatbestand] sont réunies. Il est un facteur décisif à cet égard : il faut que le comportement des membres de l’association puisse être attribué à celle-ci. La nature de l’association doit être déterminée [prägen] par les infractions pénales [Strafgesetzwidrigkeit] commises par ses membres. Une association peut viser en même temps des buts différents ; à côté du but légal énoncé dans son règlement, elle peut aussi poursuivre des buts criminels qu’elle atteint par le biais du comportement de ses membres (...)

La Cour administrative fédérale a confirmé à plusieurs reprises des ordonnances de dissolution prises à l’égard d’associations qui soutenaient des idées (néo)nazies. Dans son arrêt Heimattreue Deutsche Jugend du 1er septembre 2010 (BVerwG 6 A 4.09), qui portait sur une association dont les membres propageaient les études et idées raciales des nazis, la Cour administrative fédérale a rappelé sa jurisprudence pertinente, à savoir que pour satisfaire aux conditions requises pour sa dissolution, l’association devait avoir eu pour intention de mettre en œuvre ses objectifs anticonstitutionnels de manière militante ou agressive, condition qui ne nécessitait pas le recours à la force ou une violation spécifique de la loi. Il suffisait, pour conclure à l’existence d’un but anticonstitutionnel justifiant l’interdiction, que le programme, les images et le style employés témoignent d’un lien avec l’essence du nazisme. Le fait qu’une association s’allie au parti nazi (interdit en Allemagne) ou propage une théorie raciale non conforme à l’interdiction constitutionnelle de la discrimination suffisait pour que soient remplies les conditions nécessaires à l’interdiction de l’association. La haute juridiction a déclaré que, si une association cherchait à cacher ses intentions anticonstitutionnelles, il suffisait que les conditions nécessaires à l’interdiction ressortent clairement du tableau d’ensemble formé par les déclarations individuelles et le comportement de ses membres, et que le fait que ces éléments puissent paraître subordonnés à un nombre variable de circonstances inoffensives ne disait en soi rien de leur importance.

La Cour suprême a dit que l’acte de brûler une croix est aux États-Unis indissolublement associé à l’histoire du Ku Klux Klan et que celui-ci avait souvent brûlé des croix pour intimider et menacer d’actes de violence imminents. Elle a précisé que, jusqu’à ce jour, qu’il s’agisse d’un message politique ou d’un moyen d’intimidation, le fait de brûler une croix était un « symbole de haine ». Bien que cet acte ne fût pas automatiquement un message d’intimidation, la personne qui brûlait une croix avait souvent pour intention d’amener le destinataire du message à craindre pour sa vie. Le premier amendement à la Constitution des États-Unis permettait à un État d’interdire les « vraies menaces », ce qui englobait les déclarations par lesquelles l’auteur entendait communiquer à un individu ou groupe d’individus particulier son intention de commettre un acte de violence illégale. Il n’était pas nécessaire que l’auteur du message eût véritablement l’intention de mettre sa menace à exécution. En revanche, l’interdiction des vraies menaces protégeait les personnes de la peur de la violence et de la perturbation engendrée par la peur, ainsi que de la possibilité que la menace de violence ne devienne réalité. L’intimidation au sens interdit par la Constitution constituait un type de vraie menace, où la personne qui la proférait la dirigeait vers une personne ou un groupe de personnes avec l’intention de faire naître chez la victime la peur d’être agressée ou tuée. La Cour suprême conclut que le premier amendement permettait à la Virginie de proscrire l’acte de brûler une croix avec l’intention d’intimider, car il s’agissait d’un acte qui constituait une forme d’intimidation particulièrement virulente.

EN DROIT

SUR LA VIOLATION ALLÉGUÉE DE L’ARTICLE 11 DE LA CONVENTION

« 1. Toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association, y compris le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.

Le Gouvernement s’oppose à cette thèse.

A. Sur la recevabilité

B. Sur le fond

a) Le Gouvernement

b) Le requérant

c) Le tiers intervenant

a) Sur l’existence d’une ingérence

b) Sur la justification de l’ingérence

i. « Prévue par la loi »

Elle prend note en outre des arguments divergents des parties sur le point de savoir si la décision des juridictions internes de dissoudre l’association englobait légalement la dissolution du mouvement.

À cet égard, la Cour observe que, en réponse aux observations factuelles des autorités de poursuite (voir les détails au paragraphe 11 ci-dessus), la cour d’appel de Budapest et la Cour suprême ont déclaré (paragraphes 15 et 16 ci-dessus) que, pour l’interprétation de la législation interne sur les associations, le mouvement devait passer pour une entité fonctionnant au sein de l’association plutôt que de manière indépendante. Ces juridictions ont relevé que la principale activité de l’association avait été de créer puis de faire fonctionner, guider et financer le mouvement.

La Cour ne voit dans le dossier ou les arguments des parties aucun élément particulier de nature à rendre arbitraire cette application de la loi, étant donné que les autorités nationales sont les mieux placées pour interpréter la législation interne et pour apprécier les éléments de preuve. Sachant que la création du mouvement était un projet de l’association, que le mouvement et l’association partageaient un même compte bancaire, que les candidats à l’adhésion au mouvement étaient entendus par l’association et que l’uniforme du mouvement pouvait être acheté auprès de l’association, la Cour juge que la position de ces juridictions n’était nullement déraisonnable.

En conséquence, la Cour est convaincue que la dissolution de l’association en raison des actions du mouvement était « prévue par la loi » eu égard au constat des juridictions internes quant au lien qui les unissait.

ii. But légitime

Il rester à déterminer si la mesure en cause était nécessaire dans une société démocratique.

iii. Nécessaire dans une société démocratique

α) Principes généraux

« 42. La Cour rappelle que malgré son rôle autonome et la spécificité de sa sphère d’application, l’article 11 doit s’envisager aussi à la lumière de l’article 10. La protection des opinions et de la liberté de les exprimer constitue l’un des objectifs de la liberté de réunion et d’association consacrée par l’article 11 (voir, parmi d’autres, les arrêts Young, James et Webster c. Royaume-Uni du 13 août 1981, série A no 44, p. 23, § 57, et Vogt c. Allemagne du 26 septembre 1995, série A no 323, p. 30, § 64).

La Cour l’a souvent souligné : il n’est pas de démocratie sans pluralisme. C’est pourquoi la liberté d’expression consacrée par l’article 10 vaut, sous réserve du paragraphe 2, non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent (voir, parmi beaucoup d’autres, l’arrêt Vogt précité, p. 25, § 52). En tant que leurs activités participent d’un exercice collectif de la liberté d’expression, les partis politiques peuvent déjà prétendre à la protection des articles 10 et 11 de la Convention.

(...)

(...)

En outre, les articles 8, 9, 10 et 11 de la Convention requièrent d’apprécier les ingérences dans l’exercice des droits qu’ils consacrent à l’aune de ce qui est « nécessaire dans une société démocratique ». La seule forme de nécessité capable de justifier une ingérence dans l’un de ces droits est donc celle qui peut se réclamer de la « société démocratique ». La démocratie apparaît ainsi comme l’unique modèle politique envisagé par la Convention et, partant, le seul qui soit compatible avec elle.

(...)

« γ) La possibilité d’apporter des restrictions et le contrôle européen rigoureux

(...)

(...)

δ) L’imputabilité à un parti politique des actes et des discours de ses membres

ε) Le moment opportun de la dissolution

ζ) Examen global

« 79. (...) Il en découle nécessairement qu’un parti politique dont les responsables incitent à recourir à la violence ou proposent un projet politique qui ne respecte pas une ou plusieurs règles de la démocratie ou qui vise la destruction de celle-ci ainsi que la méconnaissance des droits et libertés qu’elle reconnaît, ne peut se prévaloir de la protection de la Convention contre les sanctions infligées pour ces motifs (...)

(...)

(...)

β) Application en l’espèce des principes précités

Dans plusieurs États membres du Conseil de l’Europe, les partis politiques jouissent d’un statut juridique spécial qui facilite leur participation à la politique en général et aux élections en particulier ; ils ont aussi des fonctions spécifiques, reconnues par la loi, dans le cadre du processus électoral et de la formation des politiques publiques et de l’opinion publique.

Les organisations sociales ne jouissent normalement pas de tels privilèges conférés par la loi et ont en principe moins de possibilités pour influer sur les décisions prises dans le domaine politique. Nombre d’entre elles ne prennent pas part à la vie politique publique, bien qu’il n’existe pas de séparation stricte à cet égard entre les diverses formes d’associations ; leur influence politique réelle ne peut donc s’apprécier qu’au cas par cas.

Les mouvements sociaux peuvent jouer un rôle important dans la formation des politiques mais la loi leur fournit en général moins d’occasions qu’aux partis politiques d’influer sur le système politique. Toutefois, eu égard à l’impact politique réel de ces organisations et mouvements sociaux, il faut tenir compte de leur influence lorsqu’il s’agit d’évaluer un risque pesant sur la démocratie.

La Cour signale à cet égard que si le droit à la liberté de réunion est exercé de manière répétée par le biais de défilés intimidants impliquant des groupes importants, l’État a le droit de prendre des mesures pour restreindre le droit à la liberté d’association qui lui est lié pour autant que cela est nécessaire afin de parer le risque qu’une telle intimidation à grande échelle représente pour le fonctionnement de la démocratie (paragraphe 54 ci‑dessus). Des actes d’intimidation coordonnés pris à grande échelle et, de surcroît, se rapportant à la défense de politiques à motivation raciale incompatibles avec les valeurs fondamentales de la démocratie sont de nature à justifier une ingérence de l’État dans l’exercice de la liberté d’association, même dans le cadre de l’étroite marge d’appréciation applicable dans la présente affaire. La raison à cela tient aux conséquences négatives de pareille intimidation sur la volonté politique du peuple. Alors que la défense accidentelle d’idées antidémocratiques ne constitue pas en soi un motif impérieux justifiant l’interdiction d’un parti politique (paragraphe 53 ci-dessus), et encore moins dans le cas d’une association qui ne peut bénéficier du statut spécial accordé aux partis politiques, les circonstances prises dans leur ensemble, et en particulier d’éventuelles actions planifiées et coordonnées, peuvent constituer un motif pertinent et suffisant de prendre une telle mesure, en particulier lorsque d’autres formes potentielles d’expression d’idées par ailleurs choquantes ne sont pas directement touchées (paragraphe 71 ci‑dessous, in fine).

PAR CES MOTIFS, LA COUR, À L’UNANIMITÉ,

Fait en anglais, puis communiqué par écrit le 9 juillet 2013, en application de l’article 77 §§ 2 et 3 du règlement.

Stanley Naismith Guido Raimondi

Greffier Président

Au présent arrêt se trouve joint, conformément aux articles 45 § 2 de la Convention et 74 § 2 du règlement, l’exposé de l’opinion séparée du juge Pinto de Albuquerque.

G.RA.

S.H.N.

OPINION CONCORDANTE

DU JUGE PINTO DE ALBUQUERQUE

(Traduction)

La propagation de l’antitsiganisme et de l’antisémitisme par des personnes morales et les moyens d’y faire face au titre de la Convention européenne des droits de l’homme sont les questions qui se trouvent au cœur de l’affaire Vona. Je partage l’avis de la chambre, mais je suis convaincu que l’affaire soulève des questions d’une importance cruciale qu’il convient de traiter. Tel est le but de la présente opinion.

L’obligation internationale d’ériger en infraction la propagation du racisme

L’article 4 de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale[1] exige des États parties qu’ils punissent par la loi six catégories de comportement raciste : i. la diffusion d’idées fondées sur la supériorité ou la haine raciale ; ii. l’incitation à la haine raciale ; iii. les actes de violence dirigés contre toute race ou tout groupe de personnes d’une autre couleur ou d’une autre origine ethnique ; iv. la provocation à de tels actes ; v. le financement d’activités racistes, et ; vi. la participation à des organisations ainsi qu’à des activités de propagande organisée et tout autre type d’activité de propagande, qui incitent à la discrimination raciale et qui l’encouragent[2]. En outre, cette convention exige des États parties qu’ils déclarent illégales et interdisent les organisations qui incitent à la discrimination raciale et l’encouragent, et qu’ils s’attachent à agir le plus promptement possible à l’encontre de ces organisations[3]. Ces prescriptions de l’article 4 étant impératives[4], pour y satisfaire, les États parties ne doivent pas se contenter de promulguer des lois punissant les actes de discrimination raciale, mais aussi s’assurer que les lois pénales et autres dispositions de loi interdisant la discrimination raciale sont effectivement appliquées par les juridictions nationales compétentes et les autres institutions de l’État[5].

En vertu du paragraphe 2 de l’article premier de la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid, les États parties doivent ériger en crime l’apartheid, lequel désigne les actes commis par des organisations, des institutions et des individus en vue d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur n’importe quel autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci, à l’instar des politiques et pratiques de ségrégation et de discrimination raciales pratiquées par l’ancien régime politique d’Afrique du Sud[6].

En vertu de l’article 7 § 1 h) du Statut de Rome de 1998 de la Cour pénale internationale[7], la persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste ou en fonction d’autres critères constitue un crime contre l’humanité soumis à la juridiction de la Cour pénale internationale, lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque. Les actes de harcèlement, d’humiliation et d’abus psychologique visant les membres d’une race, d’une nationalité ou d’un groupe ethnique peuvent être qualifiés de persécution[8].

Après que la Charte des droits fondamentaux adoptée en 2000 par l’Union européenne a interdit toute discrimination fondée notamment sur la race, la couleur, la nationalité, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle, l’Union européenne a poursuivi la répression de la diffusion du racisme avec l’adoption en 2008 de la décision-cadre sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal[9]. D’après la décision-cadre, sont punissables en tant qu’infractions criminelles certaines formes de conduite perpétrées avec un dessein raciste ou xénophobe, entre autres, l’incitation publique à la violence ou à la haine visant un groupe de personnes ou un membre d’un tel groupe, défini par référence à la race, la couleur, la religion, l’ascendance ou l’origine nationale ou ethnique. Chaque État membre doit faire en sorte que ces infractions soient passibles de sanctions pénales effectives, proportionnées et dissuasives, y compris une peine maximale d’au moins un à trois ans d’emprisonnement pour les personnes physiques, et des amendes pénales ou non pénales pour les personnes morales. Ces dernières sont également passibles d’autres sanctions telles que des mesures d’exclusion du bénéfice de prestations ou d’aides publiques, des mesures d’interdiction temporaire ou permanente d’exercer une activité commerciale, un placement sous surveillance judiciaire ou une mesure judiciaire de dissolution.

À la suite de l’adoption d’un instrument général pour lutter contre la discrimination, à savoir le Protocole no 12 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales[10], le Conseil de l’Europe a créé un instrument spécifique pour sanctionner les manifestations de racisme et de xénophobie : le Protocole additionnel à la Convention sur la cybercriminalité, relatif à l’incrimination d’actes de nature raciste et xénophobe commis par le biais de systèmes informatiques, tels que la diffusion de matériel raciste et xénophobe, les menaces ou insultes avec une motivation raciste et xénophobe, et la négation, minimisation grossière, approbation ou justification du génocide ou des crimes contre l’humanité[11]. Auparavant, la recommandation no R (97) 20 du Comité des Ministres avait déjà indiqué aux gouvernements des États membres qu’ils devaient établir un cadre juridique solide, composé de dispositions civiles, pénales et administratives portant sur le discours de haine, ce dernier devant être compris comme couvrant toutes formes d’expression qui propagent, incitent à, promeuvent ou justifient la haine raciale, la xénophobie, l’antisémitisme ou d’autres formes de haine fondées sur l’intolérance, y compris l’intolérance qui s’exprime sous forme de nationalisme agressif et d’ethnocentrisme, de discrimination et d’hostilité à l’encontre des minorités, des immigrés et des personnes issues de l’immigration. En outre, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) du Conseil de l’Europe s’est occupée dès l’origine des activités de certains groupes ayant un discours ouvertement hostile aux Roms et antisémite. Dans sa toute première recommandation de politique générale, l’ECRI a préconisé que les formes d’expression orales, écrites et audiovisuelles et autres, y inclus les messages passant par les médias électroniques, incitant à la haine, à la discrimination ou à la violence contre des groupes raciaux, ethniques, nationaux ou religieux ou contre leurs membres au motif qu’ils appartiennent à un tel groupe soient juridiquement considérées comme une infraction pénale, laquelle vise également la production, la distribution et le stockage aux fins de distribution du matériel incriminé. L’ECRI a recommandé de donner une haute priorité aux poursuites pénales contre les délits à caractère raciste ou xénophobe et de les mener de manière proactive et conséquente. L’ECRI a aussi conseillé d’interdire les organisations racistes lorsqu’il est considéré que cela contribuerait à la lutte contre le racisme[12]. Notant que les Roms sont en butte dans toute l’Europe à des préjugés persistants, l’ECRI a spécifiquement recommandé aux États de prendre des mesures appropriées pour une pleine et rapide administration de la justice dans les affaires concernant les violations de droits fondamentaux des Roms[13]. Plus récemment, le 1er février 2012, le Comité des Ministres a adopté une déclaration sur la montée de l’antitsiganisme et de la violence raciste envers les Roms en Europe[14], dans laquelle il exprime sa profonde inquiétude face à la montée de l’antitsiganisme, de la rhétorique anti-rom et des agressions violentes contre les Roms, et appelle les pouvoirs publics à tous les niveaux à mener rapidement et efficacement les enquêtes nécessaires sur tous les crimes commis contre des Roms et à identifier tout motif raciste de tels actes. Dans cette déclaration, le Comité se félicite également des efforts menés pour la prévention et la condamnation des organisations extrémistes incitant à commettre ou commettant de tels crimes.

En parfaite cohérence avec ces normes, la Cour européenne des droits de l’homme a souligné l’importance vitale que revêt la lutte contre la discrimination raciale sous toutes ses formes et manifestations, y compris le discours de haine ou le discours visant à la discrimination de groupes ethniques[15]. En outre, la Cour a déclaré que la violence raciale constitue un affront particulier à la dignité humaine et exige une vigilance spéciale et une réaction vigoureuse de la part des autorités[16]. La vulnérabilité du groupe visé par la discrimination et la violence est un facteur dont la Cour a tenu compte dans son analyse ; elle a par exemple établi que les personnes d’origine rom jouissent d’une protection spéciale au titre de l’article 14 de la Convention[17].

Dès lors, les États parties à la Convention ont le devoir d’ériger en infraction criminelle toute forme de diffusion, par le discours ou autre, du racisme, de la xénophobie ou de l’intolérance ethnique, d’interdire tout rassemblement et de dissoudre tout groupe, organisation, association ou partie qui en fait la promotion. Les États ont l’obligation non seulement de traduire en justice les auteurs allégués d’infractions et de donner aux victimes du racisme un rôle actif dans la procédure pénale, mais aussi d’empêcher des acteurs privés de commettre ou de répéter l’infraction. Pareille obligation internationale positive doit être reconnue, eu égard au consensus large et ancien mentionné ci-dessus, comme un principe de droit international coutumier qui s’impose à tous les États, et comme une norme impérative ayant pour effet que nulle autre règle de droit international ou national ne peut conduire à y déroger. Ainsi, la tolérance par un État, de la part de toute personne physique, rassemblement, groupe, organisation, association ou parti politique, de discours, expressions ou activités ayant pour but la diffusion du racisme, de la xénophobie ou de l’intolérance ethnique représente une violation par l’État partie de son obligation à cet égard.

La dissolution d’une association

La dissolution d’une association dépend des conditions strictes posées à l’article 11 de la Convention, à savoir que doivent être visés la sécurité nationale ou la sûreté publique, la défense de l’ordre ou la prévention du crime, la protection de la santé ou de la morale, ou la protection des droits et libertés d’autrui. De plus, l’ingérence dans l’exercice de la liberté d’association ne se justifie que si elle satisfait à un critère double : la nécessité et la proportionnalité[18]. En particulier, les gouvernements, autorités publiques et fonctionnaires doivent respecter strictement le principe de neutralité quant au contenu lorsqu’ils interfèrent dans la liberté d’association, et s’abstenir d’interdire des associations ou de traiter différemment celles dont ils n’approuvent pas les actions ou opinions[19].

Normalement, les associations ont de multiples buts définis dans leurs statuts, certains étant plus importants que d’autres. Il est donc primordial de faire la distinction entre les buts principaux – ceux sans lesquels l’association n’aurait pas été créée – et les buts secondaires, en l’absence desquels l’association aurait été fondée, la dissolution n’étant une mesure appropriée que lorsque le but principal de l’association est illégal. Lorsqu’un but illégal peut être supprimé, la dissolution n’est en principe pas indiquée ; les autorités doivent plutôt supprimer le but illégal de l’acte juridique fondateur de l’association[20].

Néanmoins, les objectifs d’une association doivent être évalués en se référant non seulement à son acte fondateur, mais également à sa pratique. L’acte fondateur sert parfois à couvrir une pratique illégale. L’écart par rapport aux buts figurant dans les statuts peut se produire dès le départ ou à l’occasion des activités ultérieures. En tout état de cause, les statuts de l’association ne doivent pas être utilisés comme un écran derrière lequel poursuivre des objectifs non conformes[21]. De plus, l’examen de la pratique d’une association doit porter sur son « style global » (Gesamtstil), ce qui désigne ses symboles, uniformes, formations, saluts, chants et autres modes d’expression, étant donné que la vision d’ensemble du mode de fonctionnement de l’association peut révéler une « affinité de nature » (Wesensverwandschaft) avec d’autres associations interdites[22].

Les associations sont responsables des actions de leurs dirigeants et de leurs membres lorsque celles-ci sont liées à la poursuite des buts de l’association[23]. La responsabilité peut être engagée à raison de la direction, de l’organisation, du financement ou simplement de la tolérance d’actions illégales par des membres de l’association ou des tiers lorsqu’ils agissent pour le compte de cette dernière. Le critère ultime, pour imputer la responsabilité d’actions, est l’impression ressentie par la société que l’association elle-même participe à des actions illégales ou en tolère[24].

Les associations sont des institutions sociales organisées, dotées de sections, branches et mouvements. La dissolution d’une association entraîne la cessation de toutes ses activités, y compris celles de ses sections, branches ou mouvements. À l’inverse, la dissolution de la filiale d’une association peut justifier la dissolution de l’association-mère si la première a été créée ou soutenue d’une manière quelconque par la seconde. La même chose vaut naturellement pour les partis politiques. Des personnalités juridiques différentes ne doivent pas servir à camoufler les liens entre des associations et des partis politiques qui partagent les mêmes objectifs politiques et suivent des stratégies identiques[25].

Enfin, la question épineuse du moment de la dissolution doit être abordée avec la plus extrême prudence afin d’éviter, d’une part, une action précipitée qui porterait atteinte à l’exercice des libertés fondamentales et, d’autre part, une réaction tardive face à un comportement réellement dangereux. Ce n’est que lorsqu’il existe un danger clair et imminent pour les intérêts protégés par l’article 11 § 2 qu’il convient de procéder à la dissolution d’une association[26].

Le racisme dans la société hongroise

Il est établi par divers organes internationaux de surveillance des droits de l’homme que l’expression d’opinions anti-Roms et antisémites est fréquente dans la vie publique hongroise. Dans son quatrième rapport sur la Hongrie, l’ECRI note que « on a observé une inquiétante montée du racisme et de l’intolérance dans le discours public en Hongrie » et que « on a l’impression que l’antisémitisme ne cesse d’augmenter en Hongrie »[27]. Dans son troisième avis sur la Hongrie, le Comité consultatif de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales a constaté que « la Hongrie est actuellement confrontée à une montée inquiétante de l’intolérance et du racisme, principalement à l’encontre des Roms »[28]. Par la suite, le Comité des Ministres a approuvé une résolution qui a établi ce qui suit : « Depuis quelques années, les Roms sont de plus en plus la cible de manifestations d’intolérance, d’hostilité et de violence à caractère raciste. On observe également une montée extrêmement préoccupante des propos haineux et racistes dans le discours public ainsi que dans certains médias »[29]. Tant le Comité des droits de l’homme des Nations unies que le Comité contre la torture des Nations unies se sont déclarés préoccupés par les déclarations anti-Roms virulentes et généralisées émanant de personnalités publiques et des médias et par les signes d’une montée de l’antisémitisme en Hongrie[30], ainsi que par des rapports faisant état du nombre anormalement élevé de Roms dans les prisons et des mauvais traitements et de la discrimination dont les Roms font l’objet de la part des responsables de l’application des lois[31]. Dans son rapport sur la Hongrie, Githu Muigai, le Rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée, a exprimé sa profonde préoccupation devant l’augmentation dans ce pays des organisations paramilitaires ayant des programmes racistes visant les Roms[32].

En bref, le racisme constitue actuellement un fléau de la société hongroise, l’illustration la plus frappante de cette situation étant que des groupes de vigilance continuent d’organiser des défilés dans plusieurs villages, où ils lancent des objets sur les maisons des Roms, intimident les Roms qui y habitent, scandent des slogans anti-Roms et profèrent des menaces de mort[33].

L’appréciation des faits de la cause à l’aune de la norme européenne

La présente espèce doit être analysée sous l’angle des obligations négatives qui découlent de l’article 11 de la Convention, étant donné que la dissolution litigieuse constitue un acte positif d’ingérence par l’État dans le droit de l’association à la reconnaissance juridique. De plus, l’association avait l’intention d’intervenir, et est d’ailleurs intervenue, dans l’arène politique pour y diffuser un message consistant à défendre les Hongrois de souche et leurs traditions, ce qui est une question touchant à l’intérêt général. Les défilés n’ont pas eu lieu dans des endroits ou à des moments liés à des épisodes traumatisants de l’histoire de l’État défendeur[34]. Compte tenu de ces facteurs, la marge d’appréciation de l’État est étroite car la Cour est particulièrement appelée à exercer un contrôle de l’ingérence lorsque la liberté d’association et de réunion met en cause la dignité humaine et la sécurité d’un groupe de personnes précis.

Le critère de proportionnalité

Maintenant que l’on a précisé quels sont les critères d’appréciation applicables, il faut procéder à l’examen de l’ingérence litigieuse à la lumière de l’affaire dans son ensemble afin de déterminer si elle est « proportionnée au but légitime visé » et correspond à un « besoin social impérieux », c’est-à-dire si les motifs particuliers avancés par les autorités nationales paraissent « pertinents et suffisants ».

En l’occurrence, les membres du mouvement de la Garde hongroise ont défilé dans toute la Hongrie pour appeler à la défense des Hongrois de souche contre la « criminalité tsigane ». Se fondant sur l’article 2 de la loi no II de 1989 ainsi que sur les obligations internationales de l’État défendeur, les tribunaux internes ont considéré que ces actions étaient discriminatoires par nature, violaient le droit à la liberté et à la sûreté des habitants des villages et menaçaient l’ordre public. Les motifs invoqués à cet égard par les juridictions nationales sont pertinents et suffisants.

Par principe, est incompatible avec la Convention toute forme de discours qui sépare la population en « nous » et « eux », où « eux » représente un groupe racial ou ethnique auquel sont attribués des caractéristiques et un comportement négatifs. L’utilisation de l’expression « criminalité tsigane », qui suggère l’existence d’un lien entre le crime et une certaine origine ethnique, constitue une forme de discours raciste destinée à alimenter des sentiments de haine envers le groupe ethnique visé. Cette expression traduit la vision d’une société clairement divisée entre « eux », les Roms, des criminels, et « nous », les Hongrois « de souche », victimes de leurs crimes. Des généralisations aussi radicales attribuant un comportement et des caractéristiques négatives à un groupe donné reposent uniquement sur l’origine ethnique de ce groupe. L’intolérance et les préjugés envers les Roms sont objectivement attisés par des déclarations de ce genre. On peut en dire autant des propos antisémites prononcés au cours des défilés.

De plus, les tribunaux internes ont considéré que le mouvement de la Garde hongroise était un écran derrière lequel se cachait l’association du même nom, celle-ci ayant fondé, dirigé et financé le mouvement. Partant, ces tribunaux ont jugé que les actions du mouvement devaient être attribuées à l’association. Là encore, les motifs invoqués par eux étaient pertinents et suffisants.

En réalité, ériger en infraction le discours et les propos racistes, interdire des rassemblements et dissoudre des associations prônant le racisme sont des mesures compatibles avec la liberté d’expression, de réunion et d’association. Les articles 10 et 11 de la Convention doivent être interprétés de manière à être compatibles avec l’obligation internationale impérative et coutumière mentionnée plus haut. Le droit international des droits de l’homme exige d’adopter une approche globale face à ces libertés, surtout eu égard aux restrictions applicables[35]. L’exercice de la liberté d’expression comporte des obligations spéciales, mentionnées à l’article 29 § 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, parmi lesquelles l’obligation de ne pas diffuser d’idées racistes revêt une importance particulière, et à l’article 20 § 2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, selon lequel tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence est interdit par la loi[36]. Cette interdiction est valable non seulement pour les propos racistes[37], mais aussi pour les rassemblements ou les associations qui font l’apologie du racisme[38]. Dans certains cas, la diffusion du racisme par le biais de discours, d’un rassemblement ou d’une association peut même conduire à la « destruction de droits », justifiant ainsi l’application des dispositions contenues à l’article 30 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, à l’article 5 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à l’article 17 de la Convention[39].

Le fait que le contexte soit celui d’un débat politique est manifestement dénué de pertinence s’agissant de la nature raciste d’un discours, d’un rassemblement ou d’une association[40]. Même dans ce cas, la liberté d’expression, de réunion et d’association doit s’effacer devant la dignité humaine et les droits des personnes dont la race, la nationalité ou l’origine ethnique sont attaquées. Au fil du temps, il est apparu que les activités de l’association constituaient un danger clair et imminent pour l’ordre public et les droits d’autrui[41]. Dès lors, la dissolution était une mesure proportionnée face à la rhétorique et aux activités de l’association, qui ont privé les personnes touchées du droit d’être respectées en tant qu’êtres humains et mis en péril leur sécurité et l’ordre public.

Le critère de nécessité

La dissolution d’une association est la mesure ultime (ultimum remedium) à prendre contre une personne morale. Avant de recourir à cette mesure radicale, l’État doit envisager de prendre d’autres mesures moins intrusives telles que l’interdiction des rassemblements, l’exclusion du bénéfice de prestations publiques ou un placement sous surveillance judiciaire. Dans l’affaire à l’étude, les autorités nationales ont bien fourni à l’association l’occasion de modifier ses méthodes et de mettre sa pratique en conformité avec ses statuts et la loi. L’association n’a toutefois pas saisi cette occasion mais a poursuivi ses activités illégales, préparant la voie à une réaction plus sévère des autorités. Il n’y a donc pas de contradiction entre la dissolution de l’association et la tolérance officielle de ses défilés pendant un certain laps de temps. Une fois cette période de probation terminée, la dissolution était le seul moyen adéquat de réagir face au danger que représentait l’association pour les droits d’autrui et l’ordre public.

Conclusion

« Les Roms sont ce que nous nous efforçons d’être : de vrais Européens », ainsi que l’a dit Günter Grass. Or l’association, avec ses buts et activités racistes, a ignoré cette leçon. Eu égard à l’obligation faite à l’État d’ériger en infraction la diffusion du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance ethnique, d’interdire tout rassemblement et de dissoudre tout groupe, organisation, association ou parti prônant cela, à la différence entre les buts officiels de l’association et sa pratique et à l’existence d’un danger clair et imminent découlant de son discours et de ses activités, et après examen des décisions rendues par les autorités compétentes dans le cadre de l’étroite marge d’appréciation applicable en l’espèce, je conclus que les motifs sur lesquels s’est fondée la dissolution litigieuse étaient pertinents et suffisants et que l’ingérence correspondait bien à un besoin social impérieux.

[1]. Cette convention a été adoptée le 21 décembre 1965 et compte 176 États parties, dont la Hongrie.

[2]. Aux termes de cette convention, l’expression « discrimination raciale » vise toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l’ascendance ou l’origine nationale ou ethnique, qui a pour but ou pour effet de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social et culturel ou dans tout autre domaine de la vie publique. Ainsi, la définition universelle ne fait aucune différence entre la discrimination fondée sur l’origine ethnique et celle fondée sur la race.

[3]. Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, Recommandation générale no 15 (1993) concernant les violences organisées fondées sur l’origine ethnique, §§ 3-6, la Recommandation générale no 27 (2000) concernant la discrimination à l’égard des Roms, § 12, Recommandation générale no 30 (2004) concernant la discrimination contre les non‑ressortissants, §§ 11-12, et Recommandation générale no 31 (2005) concernant la prévention de la discrimination raciale dans l’administration et le fonctionnement du système de justice pénale, § 4.

[4]. Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, Recommandation générale no 7 (1985) concernant la législation visant à éliminer la discrimination raciale (article 4) et Recommandation générale no 15 (1993), précitée, § 2.

[5]. Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, Gelle c. Danemark, Communication no 34/2004, 6 mars 2006, § 7.3, et TBB-Turkish Union in Berlin/Brandenburg c. Allemagne, Communication no 48/2010, 4 avril 2013, § 12.3.

[6]. La Convention, adoptée le 30 novembre 1973, a 108 États parties, dont la Hongrie.

[7]. Le Statut de Rome a été ratifié par 122 États, dont la Hongrie.

[8]. Voir le procès des Einsatzgruppen, Procès des criminels de guerre devant le tribunal de Nuremberg en vertu de la loi no 10 du Conseil de contrôle allié, vol. IV, p. 435 : « inciter les membres de la population à abuser, maltraiter et massacrer leurs concitoyens (…) à susciter la passion, la haine, la violence et la destruction parmi la population, vise à briser la structure morale », et, plus récemment, Kvocka et autres, IT-98-30/1-A, arrêt du TPIY du 28 février 2005, §§ 324-325.

[9]. La décision-cadre fait suite à l’action commune 96/443/JAI du 15 juillet 1996, adoptée par le Conseil sur la base de l’article K.3 du traité sur l’Union européenne, concernant l’action contre le racisme et la xénophobie.

[10]. STE no 177, avec 18 États parties.

[11]. STE no 189, avec 20 États parties. Aux fins de ce Protocole, l’expression « matériel raciste et xénophobe » désigne tout matériel écrit, toute image ou toute autre représentation d’idées ou de théories qui préconise ou encourage la haine, la discrimination ou la violence, contre une personne ou un groupe de personnes, en raison de la race, de la couleur, de l’ascendance ou de l’origine nationale ou ethnique, ou de la religion, dans la mesure où cette dernière sert de prétexte à l’un ou l’autre de ces éléments, ou qui incite à de tels actes.

[12]. ECRI, Recommandation de politique générale no 1 sur la lutte contre le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et l’intolérance, 4 octobre 1996 ; la Recommandation de politique générale no 7 sur la législation nationale pour lutter contre le racisme et la discrimination raciale, adoptée par l’ECRI le 13 décembre 2002, élargit le champ des infractions pénales aux injures et à la diffamation publiques, aux menaces à l’égard d’une personne ou d’un ensemble de personnes, en raison de leur race, leur couleur, leur langue, leur religion, leur nationalité ou leur origine nationale ou ethnique, et prévoit la responsabilité pénale des personnes morales, qui doit être engagée lorsque l’infraction a été commise pour le compte de la personne morale par toute personne agissant notamment comme son organe ou comme son représentant ; la responsabilité pénale de la personne morale n’exclut pas celle des personnes physiques ; les personnes physiques ou groupes qui prônent le racisme doivent être interdits et, si nécessaire, dissous.

[13]. ECRI, Recommandation de politique générale no 3 sur la lutte contre le racisme et l’intolérance envers les Roms/Tsiganes, 6 mars 1998, et Recommandation de politique générale no 13 sur la lutte contre l’antitsiganisme et les discriminations envers les Roms, 24 juin 2011.

[14]. Le terme « Roms » utilisé au Conseil de l’Europe désigne les Roms, les Sintés (Manouches), les Kalés (Gitans) et les groupes de population apparentés en Europe, dont les Voyageurs et les branches orientales (Doms, Loms) ; il englobe la grande diversité des groupes concernés, y compris les personnes qui s’auto-identifient comme « Tsiganes » et celles que l’on désigne comme « Gens du voyage ».

[15]. Jersild c. Danemark, 23 septembre 1994, § 30, série A no 298, Soulas et autres c. France, no 15948/03, §§ 43-44, 10 juillet 2008, et Féret c. Belgique, no 15615/07, §§ 69‑71, 16 juillet 2009.

[16]. Natchova et autres c. Bulgarie [GC], nos 43577/98 et 43579/98, § 145, CEDH 2005‑VII, et Timichev c. Russie, nos 55762/00 et 55974/00, § 56, CEDH 2005‑XII.

[17]. D.H. et autres c. République tchèque [GC], no 57325/00, § 181, CEDH 2007‑IV, Muñoz Díaz c. Espagne, no 49151/07, § 60, CEDH 2009, et Aksu c. Turquie [GC], nos 4149/04 et 41029/04, § 44, CEDH 2012.

[18]. Voir la description de ces deux critères dans mon opinion séparée jointe à l’arrêt Mouvement raëlien suisse c. Suisse [GC], no 16354/06, CEDH 2012-IV, dont les considérations s’appliquent mutatis mutandis à la liberté d’association.

[19]. Un exemple du principe de la liberté de créer des associations sans aucun contrôle préalable fondé sur le contenu est fourni par la remarquable décision du Conseil constitutionnel français du 16 juillet 1971 (no 71-44 DC), qui a déclaré inconstitutionnelle une procédure par laquelle la reconnaissance de la capacité juridique d’une association était subordonnée à la vérification préalable de sa conformité à la loi par une autorité judiciaire.

[20]. Voir mon opinion séparée jointe à l’arrêt Association Rhino et autres c. Suisse, no 48848/07, 11 octobre 2011.

[21]. Refah Partisi (Parti de la prospérité) et autres c. Turquie [GC], nos 41340/98, 41342/98, 41343/98 et 41344/98, § 101, CEDH 2003‑II, Association de citoyens « Radko » et Paunkovski c. l’ex-République yougoslave de Macédoine, no 74651/01, § 71, CEDH 2009, et les arrêts de la Cour administrative fédérale allemande du 1er septembre 2010 (Heimattreue Deutsche Jugend) et du 19 décembre 2012 (Hilfsorganisation für nationale politische Gefangene).

[22]. Arrêts de la Cour administrative fédérale allemande du 1er septembre 2010 et du 19 décembre 2012, précités, et arrêt de la Cour constitutionnelle autrichienne du 16 mars 2007.

[23]. Voir mon opinion séparée jointe à l’arrêt Mouvement raëlien suisse (précité). Les actes commis par les membres de l’association dans le cadre de leur vie privée, en dehors du contexte des activités de l’association, ne peuvent passer pour un motif pertinent et suffisant de dissoudre l’association concernée.

[24]. Herri Batasuna et Batasuna c. Espagne, nos 25803/04 et 25817/04, § 88, CEDH 2009, concernant le soutien tacite du terrorisme.

[25]. Par exemple, patrouiller, surveiller, observer, suivre ou contrôler par tout autre moyen les mouvements de personnes d’une certaine race ou minorité ethnique dans le but allégué de défendre l’ordre public (action de milice ou de vigilance) est à coup sûr une activité raciste inadmissible qui met elle-même en danger l’ordre et la sûreté publics et les droits d’autrui, et justifie donc la dissolution de l’association qui agit ainsi et du parti politique qui soutient l’activité de pareille association.

[26]. Refah Partisi (Parti de la prospérité) et autres, précité, § 104, et Association de citoyens « Radko » et Paunkovski, précité, § 75. Selon moi, le paragraphe 57 du présent arrêt ne suit pas le principe énoncé dans l’arrêt Refah Partisi car il admet que la dissolution puisse avoir eu lieu avant que l’existence d’un danger imminent pour les intérêts protégés par l’article 11 § 2 ait été prouvée.

[27]. Quatrième rapport sur la Hongrie, 24 février 2009, CRI(2009)3, §§ 60-74. Les mêmes préoccupations avaient déjà été exprimées dans le troisième rapport sur la Hongrie, 8 juin 2004, CRI(2004)25, §§ 58 et 79.

[28]. ACFC/OP/III(2010)001.

[29]. CM/ResCMN(2011)13 sur la mise en œuvre de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales par la Hongrie, 6 juillet 2011.

[30]. CCPR/C/HUN/CO/5, 16 novembre 2010, § 18.

[31]. CAT/C/HUN/CO/4, 6 février 2007, § 19.

[32]. Conseil des droits de l’homme des Nations unies, rapport du Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée, Githu Muigai, 23 avril 2012.

[33]. Voir, parmi des descriptions récentes de la situation émanant d’institutions indépendantes et d’ONG, le rapport 2012 du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe intitulé « Droits de l’homme des Roms et Gens du voyage en Europe », les rapports 2011 et 2012 d’Amnesty International, et le rapport 2013 de Human Rights Watch intitulé « Le climat alarmant d’intolérance en Hongrie ».

[34]. Voir mon opinion dissidente jointe à l’arrêt Fáber c. Hongrie, no 40721/08, 24 juillet 2012.

[35]. Parti communiste unifié de Turquie et autres c. Turquie, 30 janvier 1998, § 42, Recueil des arrêts et décisions 1998‑I, Ezelin c. France, 26 avril 1991, § 37, série A no 202, et Young, James et Webster c. Royaume-Uni, 13 août 1981, § 57, série A no 44.

[36]. Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, Recommandation générale no 15 (1993), précitée, § 4, Saada Mohamad Adan c. Danemark, Communication no 43/2008, 13 août 2010, § 7.6, et Communication no 48/2010, précitée, § 12.7 ; Comité des droits de l’homme des Nations unies, Faurisson c. France, Communication no 550/1993, UN doc. CCPR/C/58/D/550/1993(1996), § 9.6, et Ross c. Canada, Communication no 736/1997, UN doc. CCPR/C/70/D/736/1997(2000), §§ 11.5-11.8.

[37]. Par exemple, lorsque des déclarations décrivent les étrangers ou les Roms comme inférieurs en leur attribuant par généralisation un comportement ou des caractéristiques socialement inacceptables, la liberté d’expression ne peut l’emporter sur la dignité humaine (Cour constitutionnelle fédérale allemande, décision du 4 février 2010).

[38]. Par exemple, les participants à des rassemblements publics dont la défense de l’hostilité nationale, raciale ou religieuse constitue une incitation à la discrimination, la haine ou la violence perdent la protection de leur droit à la liberté d’expression garanti par la Convention (Lignes directrices du BIDDH/OSCE-Commission de Venise sur la liberté de réunion pacifique, 4 juin 2010, § 96).

[39]. Pour ce qui est de l’article 10 de la Convention et de l’article 3 du Protocole no 1, voir Glimmerveen et Hagenbeek c. Pays-Bas, nos 8348/78 et 8406/78, décision de la Commission du 11 octobre 1979, Décisions et Rapports 18, p. 198, Norwood c. Royaume-Uni (déc.), no 23131/03, CEDH 2004-XI, Witzsch c. Allemagne (déc.), no 7485/03, 13 décembre 2005, et Lehideux et Isorni c. France, 23 septembre 1998, §§ 47 et 53, Recueil 1998‑VII ; et, concernant l’article 11, W.P. et autres c. Pologne (déc.), no 42264/98, CEDH 2004-VII, et Kasymakhunov et Saybatalov c. Russie, nos 26261/05 et 26377/06, § 113, 14 mars 2013.

[40]. Féret c. Belgique, no 15615/07, §§ 75-76, 16 juillet 2009 ; voir aussi, du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, la Communication no 34/2004, précitée, § 7.5, la Communication no 43/2008, précitée, § 7.6, et la Communication no 48/2010, précitée, § 8.4.

[41]. À propos d’un tel danger, la Cour suprême hongroise a notamment mentionné, dans son arrêt du 15 décembre 2009, les événements survenus à Fadd le 21 juin 2008 et l’escalade dans les déclarations menaçantes échangées entre les membres de l’association et quelques Roms.

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